Les corses dans la première guerre mondiale
C’est un fait, n’en déplaise d’ialleurs aux révisionnistes de tous poils qui prétendent que cette partie de l’histoire de l’île ne serait qu’un mythe, mais venons en tout d’abord à la réalité de la participation de la population corse durant la Grande guerre.L’enrôlement des corses
Lorsqu’en cette chaude matinée du 2 août arrive la nouvelle de la mobilisation générale de la nation française, décidée la veille par décret du Président Poincaré, la population qui suivait avec angoisse les nouvelles d’Europe ne manque pas de répondre à l’appel qui lui est lancé.
Le 173e régiment d’infanterie (basé à Bastia) rapidement au complet se voit donc adjoindre un 373e de réserve (les 3, 4, 5 août 1914 répartis entre Ajaccio et Bastia), le 116e régiment d’infanterie territoriale (stationné à Ajaccio) se gonfle lui aussi de la jeunesse insulaire.
Alors que d’autres corses encore vont renforcer divers régiments stationnés sur le continent ; ces trois régiments insulaires recevront à partir du mois de septembre suivant des instructions pour prendre part aux combats, ils sont alors 45.000 a avoir répondu, bon gré mal gré, à l’appel de la patrie.
Les corses dans la guerre
Que ce soit ces bataillons ou bien les "corses d’origine", les insulaires se sont comportés sur le front comme de bons soldats, c’est-à-dire la plupart du temps en chair à canon, à l’exception peut-être du général Grossetti qui semble-t-il a été particulièrement remarqué par ses pairs, ou ,encore, a l’exception d’héros anonymes que l’histoire a hélas oubliés.
Toutefois s’ils n’ont pas été particulièrement courageux, ils sont loin d’avoir été pleutres contrairement à ce que laissait entendre récemment le film "Un long dimanche de fiançailles".
Querelles de chiffres et de faits
Que l’on soit une fieffé chauvin en quête de reconnaissance pour son île ou un révisionniste chargé d’une mission divine de la ridiculiser, les chiffres varient à l’extrême passant de 20.000 morts (voir 30 ou 40.000) pour 50.000 mobilisés d’un côté contre 8.000 morts et seulement 10.000 engagés de l’autre (et donc seulement 2.000 blessés possibles, un record).
Si l’on est un tant soit peu sérieux, on en vient à penser que les chiffres les plus vraisemblables sont ceux qui sont le plus souvent cités par les historiens, les voici :
Pour la Corse dont on estime la population en 1914 à 290.000 habitants, on parle ainsi d’un nombre de 11.325 morts dus à la guerre (soit 3.90% de la population totale), il y aurait en outre eu 12.000 invalides (soit 4,13% de la population totale) et le rapport tués/mobilisés s’établirait donc à 25,16%.
Pour la France dans son ensemble, les chiffres sont proches, avec une population de 41.630.000 âmes on regrette 1.357.800 morts (soit 3,26% de la population totale) et 1.000.000 d’invalides (soit 2,40% de la population totale) et quant au rapport du nombre de tués/mobilisés il serait de 16,5%, la France ayant mobilisé globalement un contingent de 8.410.000 soldats (hors colonies).
Il semble important de souligner que des polémiques se sont fait jour quant à l’enrôlement forcé, en Corse, des chefs de famille nombreuse et des hommes ayant dépassé la limite d’âge (Michel Rocard, ancien premier ministre, ayant même pris fait et cause pour les corses face aux révisionnistes), il convient de rappeler que s’il est vraisemblable que ne puisse être trouvé de document ordonnant un tel enrôlement forcé, il est tout autant plausible de reconnaître que l’enrôlement ait pu, lui-même exister ; on ne connait que trop l’efficacité des "sergents recruteurs" en temps de guerre, de plus des archives conservent la trace d’interpellations faites à ce sujet à l’Assemblée dès 1915.
A noter au delà de ces vaines querelles que le dernier "poilu" corse, Joseph Mondoloni originaire de Porto-Vecchio, s’est éteint le 14 octobre 2004 à l’âge vénérable de 107 ans, le dernier "poilu" français, Lazare Ponticelli, a quant à lui définitivement rendu les armes le 13 mars 2008 à l’âge de 110 ans.
Crédits photographiques © DR - Corsicanews
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