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L'Université de Corse

Fronton campus Caraman (Faculté de droit et économie)Si l'actuelle Université de Corse est une création récente dans l'absolu (1981), elle succède à l'éphémère de Corté (Haute-Corse).

Puisque nous ne pouvons évoquer la présente sans relater la création de l'ancienne, attachons nous un instant à l'héritage idéologique de Pascal Paoli : donner aux corses les moyens de s' instruire.

L'instruction, comme un symbole de la liberté retrouvée.


Au bout d'une sanglante lutte d'indépendance la Corse se libère enfin du joug génois, la Sérénissime ayant jusqu'à lors savamment empêché les corses d'accéder à l'instruction (NDLR : les régimes autoritaires favorisent l'ignorance des masses gage d'une plus grande docilité du peuple).

Mais si cette indépendance est acquise en 1755 et le principe admis, il faudra toutefois attendre l'année 1763 pour qu'une décision ferme de procéder à son ouverture soit prise par la Consulte, l'Université ouvrant enfin ses portes au cours de l'année 1765 au Palazzu Naziunale à Corté.

L'objectif est alors de donner à la Corse l'élite intellectuelle qui lui permettra de prospérer tant économiquement que socialement.

Les enseignants sont alors principalement recrutés parmi le clergé qui a également pour devoir d'assurer une partie du financement (NDLR : le clergé assurait, sous la domination génoise, l'instruction des enfants de la noblesse corse ainsi que, par la suite, celle des rejetons issus de familles de familles "aisés"), ils doivent assurer l'enseignement de 6 chaires initiales puis celui des 4 créées par la suite.
On y dispense les cours qui sont suivis dans les universités étrangères d'alors (droit, mathématiques, langues, théologie...) en suivant un modèle "italien".

Las ! Au bout de seulement 4 ans, l'expérience universitaire corse tourne court et, pendant plus de 200 ans, les étudiants corses se contenteront de suivre un enseignement de ce niveau dans les seules universités de la France continentale.

La ré-ouverture de "l'Università di Corsica".


Les demandes tendant à la ré-ouverture dans l'île d'une structure d'études supérieures coincideront avec le renouveau des revendications nationalistes au début des années 1960, il s'agira en fait d'un des piliers de ces revendications puisque selon les thèses d'alors sa renaissance permettait de lutter contre le phénomène d'acculturation qui était favorisé alors par les programmes scolaires imposés au niveau gouvernemental.

Toute idéologie nationaliste mise à part, il convient de rappeler qu'en l'absence de possibilité d'études supérieures sur l'île de beauté, les étudiants corses étaient contraints de suivre les cours dispensés à Nice, Marseille ou Paris et, qu'en conséquence du faible développement économique de l'île, généralement seuls les enfants de familles aisées ou de fonctionnaires disposaient des ressources financières suffisantes pour ce faire.
Les effets de l'insularité conduisaient donc à ce que les étudiants corses ne soient, au regard des possibilités d'études, ni égaux avec ceux du continent, ni même égaux entre-eux et pourtant le nombre d'étudiants présents alors dans les universités du continent ne pouvait que laisser transparaître le succès d'une telle ouverture.

Pendant près de 20 ans, les gouvernements successifs opposeront un refus systématique aux demandes d'ouverture et il faudra attendre 1981 pour voir, enfin, l'Université de Corse ré-ouvrir ses portes dans la ville où elle avait été si brièvement présente plus de 2 siècles auparavant : Corté.

Le choix de la ville n'est pas anodin, même si il est considéré par certains comme la raison de l'echec relatif de cette ré-ouverture, il s'agissait alors de ménager la susceptibilité des 2 communes principales de l'île toute en permettant, en principe, le développement du centre de la Corse.
Il est à ce sujet important de rappeler qu'un projet avait envisagé d'installer les locaux universitaires dans la seule ville d'Ajaccio, idée qui avait provoqué l'opposition des habitants de Haute-Corse ainsi que des mouvements nationalistes qui rêvaient alors de Corté comme la capitale culturelle de la Corse (Ajaccio étant considérée comme la capitale administrative tandis que Bastia devait être la capitale industrielle et commerciale).
S'agissant de la ville de Corté souvenons-nous, enfin, que jusqu'à l'ouverture de l'Université il s'agissait d'un petit bourg rural, siège d'une importante garnison militaire, la création d'un centre universitaire devant y favoriser un renouveau économique.

Si l'Université ouvrira ses portes au mois d'octobre 1981, sa création avait quant à elle été entérinée dès l'année 1975 (suivant décret du 25 novembre), il est donc amusant de constater que 2 siècles avant on avait mis seulement 2 ans pour procéder à son lancement.

Un démarrage difficile.


En 1981, les travaux n'étaient pas terminés et pourtant les premiers étudiants se présentèrent pourtant en nombre lors de la rentrée d'octobre.

Les premières années ne se firent pas sans heurts en raison, principalement, de la défiance constatée, tant dans les milieux universitaires du continent qu'à l'intérieur même de la société corse, à l'encontre de cette université hors normes prétenduement outils de propagande nationaliste. (NDLR : on lui reprochait notamment de n'être qu'un instrument de propagande nationaliste, reproche qui a repris de l'ampleur depuis les dernières élections administratives internes).
Elle se développera de surcroit dans le plus total désintérêt des politiques locaux.

Ce n'est réellement qu'au début des années 1990 que l'Université atteindra la stabilité et commencera a être reconnue en tant que telle, néanmoins son emplacement géographique continue aujourd'hui à être un frein à son parfait développement.

Enfin, elle souffre d'une regrettable désaffection au sein de la jeunesse corse (notamment aisée) qui continue à lui préférer les universités du continent, (Aix-Marseille en tête).

L'université de Corse aujourd'hui.


Bon an, mal an, se sont environ 4.000 étudiants (environ 300 sous le Généralat de Pascal Paoli) qui suivent chaque année les cours dispensés à Corté, les filières restreintes au départ se sont peu à peu multipliées et l'Université dispense désormais des enseignements dans plusieurs matières : histoire, droit, langues étrangères, sciences économiques, mathématiques, STAPS, chimie et désormais médecine (1e année). Autant de matières, autant plus d'enseignants de haut niveau reconnus par leurs pairs.

Si elle demeure, de nos jours, une université "hors normes" elle est pourtant en passe de réussir le pari passé au début des années 8O : permettre au plus grand nombre d'accéder à l'éducation.

La vie des étudiants.


Les étudiants titulaires d'une bourse d'études supérieures peuvent se loger dans les résidences du CROUS (Centre Régional d'œuvres Universitaires et Sociales), les biens connues cités U.
On en dénombre 4 à Corté, à proximité du campus Caraman ce sont les cités Pascal Paoli 1 et 2 ainsi que la cité de Porette, près du campus Grossetti la cité du même nom permet aux étudiants de récupérer de leurs heures de cours et . . . de leurs fêtes.

Pendant longtemps ces dernières se déroulaient dans les locaux de l'ex-ERM (armée) situés en contrebas du campus Grossetti, aujourd'hui ils se déroulent au même endroit dans un chapiteau loué pour l'occasion. La vie estudiantine étant par ailleurs rythmée des nombreuses animations (karaokés...) organisés par les nombreux bars de la ville.

L'Université, elle-même, soigne ses étudiants en favorisant la pratique de plusieurs activités sportives et culturelles.

Crédits photographiques © DR - Corsicanews

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