Le phare des Sanguinaires

Bien avant d’être l’une des œuvres les plus célèbres de la compilation des Lettres de mon moulin, l’édifice est un phare et à ce titre participe à la sécurité des embarcation qui au temps de sa construction risquaient de venir s’éventrer sur ces ilots redoutables.

Le phare des sanguinaires vu de l’île de Mezzu Mare
Le phare des sanguinaires vu de l’île de Mezzu Mare


A voir et à savoir


C’est au XVIIIe siècle que sera entrepris d’édifier le phare, vous l’aurez compris c’est donc bien à la présence française qu’il sera élevé, toutefois lors du grand programme d’équipement du littoral français la Corse sera dans un premier temps oubliée. Ainsi et alors que le programme général d’illumination des côtes avait prévu la construction de plusieurs phares la Corse était oubliée et il faudra attendre 1837 pour que le gouvernement daigne enfin se pencher sur le problème de l’insécurité que représentait les côtes de la Corse pour les communications maritimes et partant pour le commerce.

En avril 1838 une commission est expédiée en Corse dans le but d’identifier les endroits les plus propices à la construction de ses sentinelles maritimes en tenant compte non seulement des impératifs de sécurité mais également de ceux des coûts. Débarquant logiquement dans la Cité impériale ladite commission ne mit pas longtemps à faire son choix pour la première implantation : l’archipel des sanguinaires et plus spécifiquement l’îlot dit la Grande Sanguinaire (mezzu-Mare).

Les travaux furent longs et difficiles et il ne fallut pas moins de 6 ans pour que l’élévation soit faite, en 1844 ; le fait que le phare soit sur une île n’est pas sans relation avec la lenteur de la construction (le phare est de taille modeste) en effet les travaux se déroulaient sur une île et les pierres devaient en conséquence être transportées, depuis la terre ferme jusqu’au lieu des fondations, par une longue cohorte d’ânes de barges et d’ânes encore.

Le phare repose sur une petite tour cylindrique reposant elle-même sur une tour d’aspect carré qui elle-même s’élève depuis un vaste local rectangulaire aux formes crénelées. Si la lumière jaillit d’une hauteur de 98 mètres par rapport au niveau de la mer la construction en elle-même ne mesure que 18 mètres et 46 centimètres dont 15 mètres 70 pour la focale seule. L’ensemble est de fort belle aspect puisqu’en pierres lisses et apparentes jusqu’au mécanisme d’illumination.
Ce dernier a bien entendu bénéficié au bon soins des différentes administrations des phares et balises de toutes les améliorations techniques, passant ainsi de l’huile à l’électricité en passant par le gaz (le signal lumineux est désormais assuré par une ampoule électrique d’une puissance de 180 watt visible à plus de 27 miles nautiques par l’effet des 6 facettes de la lentille).

Cette évolution technique a de même rendu inutile toute présence humaine sur le site, sauf interventions épisodiques d’entretien, pour le plus grand soulagement des gardiens qui étaient appelées dans les temps plus obscurs à résider sur le phare pour les besoins de son fonctionnement quotidien. Le processus de modernisation abouti en 1984 par l’automatisation complète du mécanisme et le départ définitif des gardiens résidents l’année suivante, les gardiens quittant ainsi leur "purgatoire" (nom donné par les anciens gardiens aux phares situés sur des îles).

Le phare des Sanguinaires, sentinelle maritime
Le phare des Sanguinaires, sentinelle maritime


La petite histoire


Bien entendu sa notoriété l’édifice la doit en grande partie à l’une des œuvres majeures d’Alphonse Daudet, qui comme chacun sait à séjourner quelques temps sur l’île. L’auteur qui dans "les lettres de mon moulin" (que l’on peut toujours écouter de la voix ensoleillée de l’acteur Fernandel) évoquait si bien le lieu alors que le vent menaçant son moulin l’y invitait à la faire. Morceaux choisis :
"Cela m’a rappelé tout à fait mes belles insomnies d’il y a trois ans, quand j’habitais le phare des Sanguinaires, là bas, sur la côte corse, à l’entrée du golfe d’Ajaccio.
Encore un joli coin que j’avais trouvé là pour rêver et pour être seul.
[...]je revenais lentement vers le phare, me retournant à chaque pas sur cet immense horizon d’eau et de lumière qui semblait s’élargir à mesure que je montais.
Là-haut, c’était charmant. Je vois encore cette belle salle à manger à larges dalles, à lambris de chêne, la bouillabaisse fumant au milieu, la porte grande ouverte sur la terrasse blanche et tout le couchant qui entrait... Les gardiens étaient là, m’attendant pour se mettre à table. Il y en avait trois, un Marseillais et deux Corses, tous trois petits, barbus, le même visage tanné, crevassé, le même pelone (caban) en poil de chèvre, mais d’allure et d’humeur entièrement opposées.
[...]Dix jours de terre pour trente jours de phare, voilà le règlement ; mais avec l’hiver et les gros temps, il n’y a plus de règlement qui tienne. Le vent souffle, la vague monte, les Sanguinaires sont blanches d’écume, et les gardiens de service restent bloqués deux ou trois mois de suite, quelquefois même dans de terribles situations.
"

Crédits photographiques © Slinge - Fotolia & DR - Corsicanews

Tous nos articles sur Ajaccio ou sur le même thème :

Votre nom/pseudo (obligatoire, publié) :

Votre email (obligatoire, non publié) :

Votre site/blog (facultatif, publié) :

Votre message (obligatoire, publié) :

Veuillez recopier le code de vérification : 

           Haut de page