Le Tour de Corse automobile
Pour simplifier, on pourrait dire qu’il s’agit au niveau des rallyes de l’ équivalant du grand-prix de Monaco pour la formule 1.
Bref rappel historique :
C’est au cours de l’année 1956 que pour la première fois 43 courageux prennent le départ du "rallye des 10.000 mille virages", seuls 17 d’entre eux finiront d’ailleurs dans les temps et seront classés à l’arrivée. Et bien avant la naissance du féminisme ce sont deux femmes qui sont alors à l’honneur, Mesdames Thirion et Ferrier, et à juste raison puisqu’elles gagnent.Si il est désormais un rallye de légende, le Tour toutefois n’est à l’origine une simple course régionale et ne sera inscrit au championnat de France des rallyes que l’année suivante. Il sera par la suite inscrit en tant que manche française du championnat du monde lors de l’année 1973 (la décision ne fut déjà pas facile pour la FFSA qui fit pourtant ce pari alors même que d’autres rallyes étaient plus prestigieux).
Comme on peut s’en rendre compte en parcourant les routes insulaires, le tour de Corse a toujours été l’une des épreuves les plus dangereuses du championnat du monde, ainsi durant la décennie 80 a-t-il à déplorer le décès de deux pilotes de renom, Bettega et Thoivonen. Chaque épreuve étant en outre émaillée de sorties de routes et d’abandons provoqués par la rencontre inopinée d’un arbre, d’un rocher ou d’une vache, le plus souvent heureusement sans que soit porter atteinte à l’intégrité physique des pilotes.
Malgré les dangers, malgré la difficulté, le Tour a toujours sucité un engouement sans nul pareil auprès des pilotes, une sorte d’attractions qui fit que certains se montraient plus qu’assidu lors des différentes éditions quand bien même ils n’avaient aucune chance de l’emporter ou encore aucun profit direct à en retirer, pour la beauté du sport.
Les équipages insulaires ont rarement été à la fête sur leur terre ainsi hormis le duo Pierre ORSINI et Jean CANONICI qui remporta l’épreuve en 1959, 1962 et 1965 il faut remonter au co-pilote Jean-Paul CHIARONI (double vainqueur en 1996 et 1999) pour retrouver un insulaire sur la plus haute marche du podium ; une marche inaccessible pour beaucoup de grands noms de la discipline.
Au milieu de ces pilotes passionnés et définitivement anonymes, de ces grands noms du rallye à qui le Tour se refusa (Vatanen, Biasion, Kankkunen, Mäkinen, Grönholm, etc), il est quand même des pilotes qui, bravant l’adhérence précaire d’un bitume élimé, ont écrit sur ces routes la plus belle page de leur palmarès. Ainsi Didier AURIOL et Bernard DARNICHE recordmen du nombre de victoires avec pas moins de 6 succès chacun.
Pour Auriol à bord d’une Ford sierra en 1988, de la légendaire Lancia delta en 1989 et 1990 puis a bord d’un coupé Toyota celica en 1992, 94 et 95.Darniche s’était illustré lui quelques années auparavant à bord de la non moins légendaire Alpine Renault 110 en 1970, d’une Fiat abarth en 1977 et 1978, et enfin de la spectaculaire Lancia stratos en 1975, 79 et 81.
Au delà de ces voitures d’autres constructeurs automobiles se sont illustrés sur les routes corses citons en vrac, les Renault 8 gordini et dauphine, les Porsche 911, les Renault 5 turbo, des Ferrari, les BMW M1 et M3 et plus récemment l’ensemble des modèles du WRC Peugeot 206cc et Citroën xsara en tête.
Autant de voitures surpuissantes qu’il est étonnant de voir virevolter avec facilité de virage en lacet à virage en épingle aux mains, également, d’exceptionnels pilotes insulaires. C’est cela qui sépare une course difficile d’un rallye de légende.
Le Tour de Corse pour autant a du subir de profondes modifications depuis l’origine. En effet, s’il se déroulait initialement en automne, la modification du calendrier des épreuves du championnat du monde le fixa à partir de 1981 au printemps ce qui changeait la donne en raison de la différence de climat.Le Tour a été par la suite fixé de nouveau à l’automne, période habituellement pluvieuse et donc spectaculaire mais alors qu’il s’agissait réellement d’un "Tour" de Corse son parcours fut limité aux environs d’Ajaccio ; en raison d’une modification du règlement du championnat du monde qui a réduit la durée de la course, la longueur des spéciales, leur nombre et enfin a apporté des modifications en terme de regroupement des concurrents.
A l’occasion de cette modification la majorité des corses déplorèrent que le Tour ne passa plus que rarement dans les contrées de Haute-Corse pour se concentrer quasi-exclusivement sur les routes de Corse-du-Sud, mais le pari de ceux qui avaient fait le nouveau règlement était clair, réduire les coûts en supprimant tout principe d’un "rallye en ligne", des coûts qui pesaient alors tant sur les organisateurs que sur les équipes et surtout sur les médias qui assurent, inévitablement, la rentabilité d’une épreuve et sont garants de sa pérennité.
Les autres modifications :
En presque 50 ans, le parcours du Tour n’est évidemment pas le seul a avoir changé, ainsi les véhicules de rêve qui parcourent les routes étroites et piégeuses de l’île de beauté lors de cette épreuve ne sont évidemment plus les mêmes.
A l’origine il s’agissait de véritables voitures de sport simplement adaptées au nécessités de la course, phare additionnels et "peintures de guerre" notamment, la notoriété de l’épreuve et du rallye en général aidant un plus grand nombre de constructeurs s’investirent par la suite et les spectateurs purent tout à loisir admirer des véhicules qui semblaient, telles la Lancia stratos, sorties tout droit d’un roman d’anticipation.
Les années 1980 furent celles de la démesure avec l’apparition des "groupes B", Renault 5 turbo et Audi quattro en tête. L’apogée de ce "groupe" fut atteint avec la mise en circulation de la Peugeot 205 T16 et de la Lancia delta intégrale S4. La dernière lignée des groupes B totalisait alors pas moins de 500 chevaux en furie, un poids minime et des performances époustouflantes.
Cette démesure, quand on voit la longueur et la largeur des lignes droites en Corse, eu raison de ce type de véhicules trop légers, trop puissants et dangereux. Suite au décès des 2 pilotes précités, il fut décidé de supprimer ce groupe et en 1987 ce furent des voitures plus proches de celles du commun des mortels (avec tout de même plus de 300 chevaux) qui prirent le départ : les groupes A.
Ces voitures du groupe A et B n’ont jamais constitué la totalité du plateau des engagés et il n’était pas rare de voir aux côtés de ces monstres rutilants des véhicules qu’ont attendait pas dans une course automobile tels une Renault 4 (4L) ou plus récemment une Toyota Yaris. Aujourd’hui existent principalement 2 groupes le groupe N qui regroupe les pilotes amateurs, qui à l’occasion du Tour de nombreux pilotes corses de talent, et le groupe WRC qui compte dans ses rangs les meilleurs pilotes, les professionnels du volant, les acrobates de la route.
Ce groupe WRC, pour World Rallye Car, même si l’on peut le rapprocher esthétiquement des anciennes "groupe B" est l’aboutissement de l’évolution du groupe A, des véhicules de plus de 300 chevaux turbo compressés, quatre roues motrices avec un minimum d’électronique embarqué (pour faire la part belle aux concurrents).
Le bémol :
Si le tour de Corse automobile est un succès populaire, une épreuve mythique pour les participants il constitue pourtant une sorte d’OVNI dans le cercle du rallye, car il est l’un des derniers à se dérouler sur asphalte et ce n’est que par la mobilisation de certains pilotes professionnels qui pour certains n’ont jamais été à la fête sur ses routes que l’on doit sa perpétuation ; ainsi évidemment qu’à l’action des membres (dont les bénévoles) de l’ASAC tour de Corse qui l’organise.
Pour autant faire vivre un rallye de légende dans une île si pauvre n’a jamais été une sinécure ainsi, pour résumer, le tour de Corse a souvent été menacé de disparition en raison de ses dangers, de sa topographie (qui rend difficile les retransmissions télévisées), de sa spécificité (il est l’un des seuls a se dérouler sur le bon vieux goudron alors que l’essentiel des voitures est optimisé pour la terre). Enfin, il est perpétuellement menacé de disparition en raison de la précarité du Rallye en général qui, pour certains, à cause des modifications permanentes du règlement rend commercialement inintéressant ce type d’épreuve pour les constructeurs et les annonceurs.
Peut-être plus qu’ailleurs le Tour de Corse automobile a été tout au long de son histoire sujet à de grands problèmes pour "boucler" les budgets, ainsi en 1971 aurait-il été annulé en raison de problèmes financiers, ou encore en 2009 alors que la Fédération Française de Sport Automobile saisit se prétexte pour lui ôter son statut de Rallye de France.
Ainsi et alors que le Tour bénéficiait d’une aura sans nulle autre pareille s’agissant des courses automobiles sur route, et alors même qu’il n’avait sans doute jamais été aussi assuré de ses financements, il était cruellement privé d’un statut officiel prestigieux.
Fasse au moins que "le Tour reste" disions-nous dans la précédente version du présent article (rédigée au début de l’année 2006 alors que l’Alsace n’avait pas encore piqué son Tour à la Corse), cette espérance est donc toujours d’actualité et il nous reste à rêver d’une destinée à l’image des 24 heures du Mans, autre épreuve mythique qui perdure alors même que les différentes fédérations n’ont eut de cesse de vouloir sa disparition à coup de modifications de réglementation.
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