Ajaccio : la chapelle des grecs

La chapelle des grecs, qui comme son nom l’indique est un édifice religieux, est un des hauts lieux touristiques incontournables de la ville impériale, outre sa fonction religieuse c’est en effet l’un des symboles de l’agitation de l’histoire insulaire.

La chapelle des Grecs


Situé à proximité immédiate du centre ville sur la route qui longe le bord de mer pour aboutir à la presqu’île de la Parata, qui fait face aux iles sanguinaires, et ce en logeant les superbes plages du golfe d’Ajaccio, l’édifice en question est en effet incontournable. En raison de sa situation géographique bien entendu, situé à quelques milliers de mètres du centre ville au bord de la route on ne peut le manquer mais aussi, comme dit plus haut, en raison de sa place dans l’histoire de l’île ou encore de sa notoriété.

Photographie de la Chapelle des grecs à Ajaccio


Aujourd’hui propriété de la commune, qui a procédé à sa rénovation il y a quelques années, la Chapelle de Notre dame du Mont Carmel a fait l’objet d’un classement à titre de Monument Historique par un arrêté du 9 mars 1927.

L’origine du nom


Son nom, le vrai, fait bien entendu référence à la montagne de la Palestine ancienne qui est l’un des berceaux historiques des principales religions monothéiques quoiqu’elle soit bien entendue vouée au culte catholique et chrétien. sans que l’on sache très bien pourquoi les environs de Haïfa et de Acre (Saint-Jean-d’Acre) recèlent en effet de multiples nombreuses traces de manifestations cultuelles, parmi lesquelles des rites païens, et surtout accueillir le prophète Elie qui y consacra sa vie au dieu unique (plus de détails sur cette affaire vous attendent sur la porte de la Chapelle des grecs) ; quoiqu’il en soit la petite chapelle ajaccienne est consacrée à Notre Dame du Mont Carmel et finalement c’est ce qui est important à savoir.
Comme son surnom le laisse à penser c’est son usage par le rite grec qui lui laissera son nom usuel, elle est communément désignée sous la dénomination Chapelle des grecs non seulement par les touristes mais même par les anciennes familles ajacciennes.

Contrairement à ce que l’on pense ce ne sont pas les immigrés grecs qui quelques siècles de cela procédèrent à son élévation mais bien les membres de l’une des plus célèbres familles d’Ajaccio, les Pozzo-di-Borgo, qui financèrent la construction qui dura de 1619 à 1632, puis plusieurs décennies durant son entretien, et ce n’est que 99 ans plus tard qu’elle reçut les grecs qui lui laissèrent son surnom.

A ce stade, il convient de préciser pourquoi il y a des grecs en Corse et donc d’aborder brièvement la "question grecque".
Les grecs inlassables voyageurs ont visité la Corse 600 ans environ avant notre ère, il s’agit bien entendu des fameux Phocéens (de la cité de Phocée en Asie mineure) qui fondèrent certes Massalia (Marseille) et Nikaia (Nice) mais également à la même épopque la cité d’Allalia (Aléria) en Corse. Ce ne sont pas pourtant ces grecs là qui nous intéressent mais leurs successeurs : les grecs de Paomia (dans les environs de Vico et de Cargèse).
Ces grecs là, loin de la splendeur de leurs ancêtres, étaient venus s’installer en Corse pour fuir le péril ottoman. Ils s’installèrent ainsi à 600, en 1676 et avec la bénédiction des génois (occupants de l’île de beauté) dans la piève de Paomia. Quel qu’en fut la raison ils s’attirèrent, quelques décennies plus tard, l’inimitié des locaux et durent se réfugier sous la protection des génois à Ajaccio en 1731, c’est à ce moment là que leur présence lèguera son surnom à la petite chapelle qui leur fut prêtée, pour les besoins de leur culte, jusqu’en 1774 année à laquelle ils s’installèrent durablement dans l’actuelle Cargèse (leurs descendants s’intégrèrent tant bien que mal, comme nous le survolions dans notre article "La baleine de Cargèse").

Il s’agit là bien entendu de la version historique officielle, en effet et par exemple Valery, auteur français, aborde l’histoire de la Chapelle dans son récit "Voyages en Corse. à l’île d’Elbe, et en Sardaigne" (édition de 1838, page 176) où il nous livre une autre histoire :
De la jolie église del Carminé, dite des Grecs, on jouit d’une superbe vue du golfe, des iles Sanguinaires et des montagnes qui s’étendent jusqu’au cap di Muro. L’église est appelée des Grecs parce que près de là, il en fut enseveli un grand nombre servant dans une armée génoise défaite par les Corses. Elle fut fondée vers le commencement du dernier siècle par Paul Emile Pozzo di Borgo et l’on y voit, avec une inscription, les armes de cette ancienne famille , chantée déjà par le poète corse du xvi.e siècle, Biagino Leca, surnommé l’Alcyon , dans son espèce d’épopée héraldique, d’Ornano Marte, et qui a reçu de nos jours, une illustration européenne par M. le comte Pozzo di Borgo.

"Mira i posteri lor tutti all’intorno
Onorati , civit , saggi e preclari,
Che han tanto il cor ciascun di virtù adorno,
Cke ne trionfan qui gli eterni cari,
Perpetua dando a lor memoria il giorno,
Come di tutti i scortesi ed avari,
Sempre avversarj e principal nemici,
Ed amanti fedtli ai toro amici.

Autres intérêts historiques


Si la chapelle présente en conséquence un intérêt historique pour ceux qui voudraient ce rendre sur les traces des premiers grecs en Corse, ou encore pour les amoureux des Pozzo-di-Borgo, il est a rappeler que cette petite chapelle est également inscrite au programme de visite des adeptes de l’Empereur Napoléon Bonaparte qui en ont fait "un site napoléonien".
Notre honnêteté intellectuelle nous invite toutefois à nuancer l’importance de la place de ce lieu dans l’histoire de Napoléon Bonaparte, si le Roi Joseph s’agissant de l’édifice confie dans ses mémoires que
Nos promenades journalières avec Napoléon se prolongeaient sur le rivage de la mer, bien au delà de la chapelle des grecs en cotoyant un golfe aussi beau que celui de Naples, dans un pays embaumé par les exhalaisons des myrthes et des orangers.
Nous ne rentrions quelquefois qu’à la nuit close.

Ce n’est que cela qui lie le lieu à celui qui n’était alors que le futur Empereur, l’apposition d’une plaque contenant ces mots sur le côté de l’édifice ne pouvant faire illusion (NB : c’est une souscription conduite par un certain Ch. Barbaud, de Cannes, qui la finança en 1913).

Pour conclure, les amoureux de la Corse sauront sans doute que l’une des sources de la notoriété de l’édifice religieux de la route des sanguinaires, est sans doute dans l’ouvrage écrit par l’un des plus célèbres amoureux de l’île de beauté : Prosper Mérimée (décédé justement à Cannes) qui dans son ouvrage le plus célèbre écrivait les quelques lignes suivantes :
La veille de son départ, au lieu d’aller à la chasse, Orso proposa une promenade au bord du golfe. Donnant le bras à miss Lydia, il pouvait causer en toute liberté, car Colomba était restée à la ville pour faire ses emplètes, et le colonel les quittait à chaque instant pour tirer des goélands et des fous, à la grande surprise des passans qui ne comprenaient pas qu’on perdît sa poudre pour un pareil gibier.
Ils suivaient le chemin qui mène à la chapelle des Grecs, d’où l’on a la plus belle vue de la baie ; mais il n’y faisaient aucune attention.
— Miss Lydia... dit Orso après un silence assez long pour être devenu embarrassant ; franchement, que pensez-vous de ma sœur?
—Elle me plaît beaucoup, répondit miss Nevil. Plus que vous, ajouta-t-elle en souriant, car elle est vraiment Corse, et vous êtes un sauvage trop civilisé.
— Trop civilisé!.. Eh bien! malgré moi, je me sens redevenir sauvage depuis que j’ai mis le pied dans cette île. Mille affreuses pensées m’agitent, me tourmentent... et j’avais besoin de causer un peu avec vous avant de m’enfoncer dans mon désert.

Il s’agit bien entendu de "Colomba" (Edition 1841, page 79, en ce qui nous concerne).

Crédits photographiques © DR - Corsicanews

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