Les îles Sanguinaires

Partons à la découverte, complète, des ces magnifiques îlots situés à quelques encablures d’Ajaccio, la cité impériale, et qui viennent achever la route du même nom qui longe un littoral renfermant criques intimes et plages de rêve.

Présentation générale :


A proximité de la ville d’Ajaccio et à l’extrémité nord du golfe du même nom, se trouvent des petits îlots communément appelés les îles Sanguinaires dans le prolongement de la pointe de la Parata (presqu’île qui porte une tour génoise en fort bel état).

Ces îlots sont au nombre de quatre et portent respectivement le nom, depuis la terre, de : Isola di Porri, Isoletto (ou île de cormorans), Isola di Cala d’Alga et à courte distance de celle-çi la Grande Sanguinaire (mezzu-Mare).

Cette dernière porte différentes constructions et vestiges, ainsi le phare des Sanguinaires, le Lazaret, l’ancien sémaphore et la tour de Castellucio.

Les îles Sanguinaires au soleil couchant
La tour de la Parata et les îles au coucher du soleil


On peut s’y rendre pour les voir de terre (lignes de bus, petits trains, voiture, vélos, etc) ou par la mer (bâteau touristique depuis le port Tino Rossi).

A voir et à savoir :


Les édifices passés et présents
Si l’on comprend la pointe de la Parata, on peut voir sur le site la tour de la Parata, édifiée vers 1608 durant l’époque génoise et qui à ce titre fait partie d’une système général d’alerte de l’île, ou encore de petites fortifications datant de la seconde guerre mondiale prévue pour accueillir hommes et DCA.

Mention du nom des lieux gravée dans les pierres supportant le Phare
Mention du nom des lieux gravée dans les pierres supportant le Phare


L’île Grande Sanguinaire (Mezzu Mare) concentre l’essentiel des constructions que l’on peut voir et deviner ainsi :
- le phare, terminé en 1844 occupe le point culminant de l’îlot à 80 mètres des flots, il est inhabité depuis 1985 ;
- Le sémaphore construit pour 1865 et désaffecté en 1955 ;
- La tour Castellucio édifiée vers 1550 ;
- Le Lazaret, bâtiment sanitaire construit en 1806.

La faune et la flore
Préservées des touristes par le court bras de mer qui les sépare de la Parata, les îles sanguinaires sont restées un sanctuaire pour les espèces animales et végétales, si la faune se résume pour l’essentiel à quelques oiseaux de mer et lézards ; citons ainsi la plus importante colonie de Cormorans huppés de Méditerranée, le Faucon pèlerin, la Fauvette pitcho ou encore la Fauvette sarde.

La flore est bien plus riche que ce à quoi on pourrait s’attendre, on y trouve, ou y trouvait, en effet des variétés rares particulièrement adaptées à ce milieu balayé par la mer et le vent.

Citons ainsi la salsepareille (smilax aspersa adorée par les schtroumpfs), l’asperge sauvage (asparagus acutifolius), la garance voyageuse (rubia pergrina), les lentisques (pistacia lentiscus), les calycotomes velus (calycotome villosa), le succowia des Baléares (succowia balearica), l’épiaire à feuilles de marrube (stachys marrubiifolia), le troscart à fleurs lâches (tri­glochin bulbasum subsp. laxiflorum), l’iris fétide (iris fœtidissima), les filaires à feuilles étroites (phillyrea angustifolia), les oliviers sauvages (olea europea), la myrte (myrtus communis), les bruyères arborescentes (erica arborea), etc.
Ou encore le Chrysanthème très-petit (Chrysanthemum perpusillum) qui y fut découvert aux débuts du XIXé siècle par un certain Lasalle.

Au bas mot 150 espèces végétales et animales se donnent donc réunies sur ce petit chapelet d’îlots, rien d’étonnant donc compte tenu de l’intérêt scientifique évident des lieux, qu’il ait été classé "Zone de Protection Spéciale" natura 2000 (n°fr9410096). Un projet de classement existant pour la portion littorale avoisinante hélas défigurée par des "bungalows".

A noter qu’au mois de décembre 2008 les îles sanguinaires ainsi que la pointe de la Parata ont été admises en tant que Grand site de France ® et bénéficieront à ce titre d’une mise en valeur qui consistera en un ré-aménagement total des lieux, la rénovation de la tour de la presqu’île et la création d’un lieu de sensibilisation à l’environnement.
De quoi contenter sans doute les quelques 300.000 visiteurs qui se pressent chaque année pour arpenter des lieux déjà passablement embellis en 2002.

La Tour de la Parata avec, en fond, les iles sanguinaires
La Parata haut lieu du tourisme ajaccien


L’origine du nom de l’archipel
L’archipel étant constitué de porphyre d’une couleur rouge sang, certains attribuent à la nature l’origine d’un tel nom, pour autant d’autres hypothèses énoncent que l’appellation "sanguinaires" pourrait découler de la couleur qui s’empare des lieux au soleil couchant, ou encore qu’elle serait due à la présence de végétaux rougeoyants en automne, les frankénies ou frankenia laevis, ou encore de celles qui fleurissent au mois de novembre et sont de couleurs rose : les nivéoles.

Pour d’autres encore il s’agit d’une approximation phonétique du terme Sagonari puisque ces îles délimitent presque l’entrée du golfe de Sagone qui se trouve au nord du golfe d’Ajaccio et au surplus auraient été mentionnées sur des cartes anciennes de la région sous le nom d’îles Sagonari.

Enfin une autre hypothèse avance que l’appellation viendrait de séjour sur l’île de Mezzu mare de pêcheurs de corail revenant d’Afrique et ayant donc le "sang noir" qu’ils purifiaient sur l’île le temps d’une quarantaine passée au Lazaret, ou bien de la présence, hypothétique là encore, de lépreux également mis en quarantaine.

Les petites histoires
Si la pointe de la Parata a été concédée à la Ville d’Ajaccio par l’Etat en 1838, les îles elle-mêmes avaient précédemment été concédées par l’occupant génois en 1640 à la famille Ponte, d’Ajaccio, moyennant "32 livres de cens", une vente quasiment confirmée par l’occupant d’après 1768 qui avait consenti une attribution "la vie durant" à un des descendants de cette famille par acte du 3o septembre 1770.

Les décrets des 5 septembre et 12 octobre 1791 (post-Révolution française), révoquèrent, eux, "toutes les concessions , inféodations , dons , et autres aliénations faites depuis 1768, époque de la réunion de la Corse a la France" et visèrent nommément l’archipel.

Enfin, les îles et plus exactement le phare des Sanguinaires reçurent la visite d’un invité de marque : Alphonse Daudet.
Voilà la description que faisait le célèbre écrivain de ces îles mystérieuses telles que publiées dans "Les lettres de mon moulin" édition définitive :
"Figurez-vous une île rougeâtre et d’aspect farouche ; le phare à une pointe, à l’autre une vieille tour génoise où, de mon temps, logeait un aigle. En bas, au bord de l’eau, un lazaret en ruine, envahi de partout par les herbes ; puis, des ravins, des maquis, de grandes roches, quelques chèvres sauvages, de petits chevaux corses gambadant la crinière au vent ; enfin, là-haut, tout en haut, dans un tourbillon d’oiseaux de mer, la maison du phare, avec sa plate-forme de maçonnerie blanche, où les gardiens se promènent de long en large, la porte verte en ogive, la petite tour de fonte, et au-dessus la grosse lanterne à facettes qui flambe au soleil et fait de la lumière même pendant le jour...
Voilà l’île des Sanguinaires, comme je l’ai revue cette nuit, en entendant ronfler mes pins. C’était dans cette île enchantée qu’avant d’avoir un moulin j’allais m’enfermer quelquefois, lorsque j’avais besoin de grand air et de solitude
".


Si l’aigle majestueux qui hantait les souvenirs de l’auteur à aujourd’hui disparu, le visiteur chanceux pourra peut-être, lui, avoir la chance d’y admirer un volatile lointain cousin : le Balbuzard pêcheur.

Crédits photographiques © Hassan Bensliman, Slinge - Fotolia / DR - Corsicanews

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