A malmignatta, tueur né de Corse

Outre l’homme corse, il est une espèce dangereuse qui sévit sur l’île de beauté, celle des arachnides. En effet, si vous avez peu de chance d’être dévoré par une bête sauvage ou un animal domestique retourné à l’état sauvage, il y a des risques que vous soyez un jour où l’autre confronté à l’effrayante vision de la "malmignatta" (dite également en corse "malmignottao" et "malmignatte" en français, de son nom scientifique ancien "Latrodecte Malmignatte").

Présentation et localisation :


Cet assassin, comme nous l’avons nommé plus haut, appartient à l’espèce des araignées et est un proche cousin de la célèbre veuve noire, les scientifiques nomment cette espèce présente entre autres en Corse du doux nom de Latrodectus mactans tredecimguttatus, bien moins en rapport avec l'origine du nom couramment employé. Son corps bulbeux vous prévient de la toxicité de votre minuscule adversaire, en effet ce monstre arbore fièrement des taches rouges sang sur son abdomen.
Le mâle est comme fréquemment plus petit que la femelle mais non moins dangereux, il a à peu de choses près l’allure d’une fourmi.

La latrodecte malmignatte (Latrodectus mactans tredecimguttatus)


Certes vous pourriez nous taxer d’affabuler et d’en rajouter sur le péril représenté par ce minuscule insecte que vous auriez tant de facilité et de plaisir à écraser d’un revers de tong et pourtant, il y aurait approximativement une dizaine de personnes victimes d’une malheureuse rencontre avec la malmignatta et cela annuellement.
Vous rigolez ? Mais pensez que la tong est votre problème vis-à-vis de la malmignatta, celle-ci tissant sa toile à quelques centimètres du sol elle raffole en effet d’orteils bien bronzés et cela que vous soyez en plaine, en bord de mer ou à près de 1.000 mètres en altitude.

Cessons de plaisanter et penchons nous plus avant sur les ravages produits dans l’organisme par une simple goutte de poison inoculé par l’araignée.
Si la morsure est indolore, le poison lui se répand en moins de trente minute dans l’organisme de la victime, provoquant des fortes douleurs qui irradient sur le membre atteint puis s’étendent au reste du corps, le poison a également des incidences neurologiques puisque la victime se sent mourir (à tort le plus souvent), même traité l’organisme se souvient encore pendant plus d’une semaine de cette rencontre fortuite puisque le patient souffre d’une fatigue généralisée qui s’estompe au fil des jours.

Dans une thèse publiée en 1833 et intitulée Exposition des moyens curutifs de la morsure de la Theridion malmignatte¹ un docteur ajaccien du nom de Cauro a dressé le scénario dramatique qui s'enchaine suite à une morsure de malmignatte, un scénario en deux actes :
1er - La période du collapsus avec : Engourdissement, tremblement général, nausées, vomissements, sueurs froides, syncopes et convulsions, délire, pouls rapide, irrégulier.
2d - La période de réaction avec Cardialgie, douleurs précordiales, douleurs dans toutes les jointures, jaunisse, retour lent à la santé. Les douleurs articulaires persistent quelquefois plusieurs années.
Un scénario rapidement confirmé l'année suivante par le compte rendu des observations faites par un certain Docteur Graells en Catalogne cette fois-ci².

Il n’est pas répertorié de décès récent que l’on puisse imputer à la malmignatta et pourtant ce venin est mortel notamment chez les personnes âgées ou les enfants en bas âge qui ne seraient pas soignés à temps. Traitée dans les 24 heures, une morsure de malmignatta se soigne généralement très bien.

Prévention et guérison dans la tradition corse :


La malmignatta est connue dans la tradition corse et, si son analyse poussée n’est que récente, la population avait trouvé un moyen de ce préserver et de se soigner de ce mal.
En l’absence de techniques modernes de médecine, le médecin coûtait cher était loin et les routes mauvaises, les corses ont organisé un tel système de soin.
Autant de techniques qui constituent ce que l’on appellerait aujourd’hui des remèdes de grand-mère.

Pour se prémunir de la piqûre de l’insecte, certains bergers corses ainsi que ceux qui voyageaient d’un coin à l’autre de l’île avaient coutumes de frotter les parties exposées du corps avec une gousse d’ail.

La guérison du mal, faisait également intervenir une croyance, pour soigner il faut chauffer.
Ainsi, les bergers avaient coutume de se brûler la peau à l’endroit de la piqûre.
Une autre technique de soin était réservée dans certaines parties de l’île à ceux qui avaient le double malheur d’une part d’être piqués par une malmignatta et d’autre part de l’être près d’un village.
En effet, la croyance dans l’effet de la chaleur était telle qu’à certains on réservait le soin d’être enfermé dans un four à pain ou d’être jeté dans un baignoire remplie d’eau frémissante.

En guise de conclusion, souvenons-nous de cette anecdote d’il y a quelques années, alors que Michael Jackson n’était pas encore traîné devant les tribunaux, et bien entendu pas encore mort, il avait du annuler plusieurs concerts de promotion de son dernier album en raison d’un état de fatigue généralisé du... à une piqûre de malmignatte.
Cette espèce n’étant pas propre à la Corse elle pullule sous la même forme dans le bassin méditerranéen et sous des variétés diverses dans d'autres parties du monde.

¹ - Comme on l'appelait il y a deux siècles.
² - En voici un extrait tel que tiré des Annales de la Société entomologique t.XI, p.205. :Sensation de piqûre assez désagréable au moment où a lieu la morsure qui, bien examinée, est double, parce qu'elle est faite par les deux mâchoires de l'insecte à la fois; ce qui se manifeste bientôt plus clairement par deux cercles rouges, lesquels se réunissent en formant une aréole œdémateuse indiquant le siége de la tumeur qui va se développer plus tard sur la plaie.
La douleur devient brûlante, se prolonge le long du membre, et atteint les régions inguinales ou axillaires suivant la partie mordue ; les glandes se tuméfient et deviennent douloureuses, et l'intervalle qui les sépare du siége de la piqûre se marque de taches livides sur le trajet des vaisseaux lymphatiques. La douleur gagne peu à peu jusque dans l'abdomen et le thorax avec une sensation de chaleur ardente, une forte constriction à la gorge, tension du ventre, ténesme vésical sans pouvoir évacuer une seule goutte d'urine, et prurit douloureux à l'extrémité du gland. Bientôt après se manifeste une douleur aiguë à la tête qui se répand tout le long de la colonne vertébrale, et aussitôt surviennent des convulsions générales plus marquées vers les extrémités où se fait sentir un fourmillement très-pénible suivi quelquefois d'insensibilité surtout aux pieds ; ceux-ci généralement ont une teinte livide, tandis que le reste du corps paraît enflé.
Les malades sont dans un état remarquable de prostration morale; ils témoignent un grand désespoir, une affliction profonde, la frayeur de la mort qu'ils croient prochaine ; ils changent continuellement de position, soupirent et se plaignent; portent la main à la tête où il leur semble qu'on les pique avec des épingles ; leur visage est tantôt pâle, tantôt enflammé et menaçant. La respiration est difficile, le pouls faible, fréquent et irrégulier, la peau froide et couverte d'une sueur abondante, froide et visqueuse. Les malades ressentent une grande ardeur intérieure et demandent de l'eau froide qu'ils boivent avec avidité. Dans quelques cas la vue se perd ; dans d'autres la voix devient très-faible, ou il y a dans les oreilles des bruits très-prononcés ; le corps se couvre quelquefois de taches livides.
L'intensité des symptômes dépend de la faiblesse du sujet, de la force de l'insecte et du nombre des piqûres.
La durée du mal varie ; la décroissance en est annoncée par une sueur chaude et halitueuse, par l'élévation du pouls, la facilité de la respiration et de l'émission de l'urine, et par la diminution de tous les symptômes. La convalescence est précédée de lassitude générale, de beaucoup de tristesse, de constipation, de douleurs dans les mollets, etc., et quant à la partie mordue, dans quelques cas il s'y forme une tumeur qui passe à suppuration ; dans d'autres cas, la tache va s'effaçant peu à peu
.

Crédits photographiques © Alfried H.

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u corsu a écrit le 19-09-2012 à 22-09 :
J'ai trouvé une veuve noire chez moi comme un C... je l'ai relâchée dans mon jardin (je ne savais pas a ce moment que c'était une veuve noire).
Existe -il un moyen pour ne plus qu'elle s'approche de mon habitation?
merci

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