Cannes : et si le Prophète avait ses raisons
Le fait que le jury du 62e festival de Cannes ait décidé de décerner son Grand Prix et non la Palme d’or à la dernière œuvre de Jacques Audiard ne va certainement pas faire taire la polémique née en Corse, polémique apparue lorsque filtra le synopsis de ce film mafioso-carcéral. En effet et même si depuis 15 ans une récompense cannoise produit généralement l’effet inverse d’une médaille d’or au concours général agricole de Paris - c’est-à-dire faire fuir la clientèle plutôt que d’attirer l’attention, on peut ainsi supposer que le Prophète a de grandes chances d’avoir d’ores et déjà rencontré son public et d’être ensuite boudé en masse par le public des salles obscures - l’émotion provoquée en Corse par ce film n’est pas prête de s’éteindre, pensez ainsi au nombre et à l’importance des émus parmi lesquels on retrouve tout le gratin nationaliste et, même, le député UMP de Haute-Corse Gandolfi-Scheit.L’histoire racontée d’un jeune homme, dont nos confrères continentaux tairont l’origine maghrébine, tombant sous la coupe de prisonniers mi-nationalistes, mi-mafieux et forcément Corses à tendance homosexuelle violente (forcément là nos confrères précisent à l’envie l’Appellation d’Origine Contrôlée) tend selon l’opinion publique insulaire à jeter une nouvelle fois l’opprobre sur la population. Un Prophète pourrait paraître en effet comme l’épiphénomène d’un système, ou encore comme l’accablant témoignage de l’exécration publique des français pour la population de l’île.
Pour autant faut-il jeter le bébé avec l’eau du bain ? Certainement pas car comment ne pas se s’interroger si au final le Prophète en question ne nous livrait pas une prophétie véritable sous des abords de charge facile effectuée à l’encontre d’une partie de la société française.
Un Prophète est en effet une critique sociétale, mais elle nous semble plus adressée à l’encontre de la société française que de la population corse, à l’encontre de cette société où un citoyen, un journaliste, un artiste voir même un comique ne peut plus écrire un
Une société qui s’interdit de se moquer des personnes publiques au premier rang desquels les hommes politiques, un pays qui interdit tout et n’importe quoi (téléphoner, fumer, pisser dans son jardin, ...), qui victime d’une paranoïa collective autorise un espionnage d’Etat généralisé et légalisé et qui enfin justifie toutes les atteintes aux droits de la défense à la condition évidemment que ce soit l’autre qui doive se défendre.
Une société enfin qui appelée à une proche échéance électorale et alors même qu’elle se plaint systématiquement des décisions européennes ne se rendra majoritairement pas dans l’isoloir le 7 juin prochain, boudant ainsi l’un des derniers droits qui lui est accordé de la même façon que les spectateurs bouderont en masse le film d’Audiard.
Dans une société qui s’est enlevée elle-même toutes ses libertés, qui se croit supérieure bien que raillée par la communauté internationale, dont la population est elle-même prise pour cible dans les films "américains" où le français n’est pas plus courageux que le Corse lâche du nanard de Jeunet, le corse est et demeure le métèque parfait, le métèque autorisé qui devrait même être déclaré d’intérêt public, c’est d’ailleurs le seul métèque légal depuis que les
Le Corse est la seule liberté qu’il leur reste, pourquoi voudrait-on qu’ils se passent de la seule victime expiatoire qu’il leur reste ? Le Corse est le bouc émissaire, non pas consentant mais conscient, du déclin de la société et d’une prétendue exception culturelle ; cette dernière qui n’a fait que concourir au final à l’acculturation collective et à la poussée des des "communautarismes parisianistes" qui a conduit à la "fracture sociale" transformée en amputation par les bons soins des amis du député de Haute-Corse pré-cité. Elle est là, la prophétie du film.
Le Corse est d’utilité publique, c’est le dernier rempart contre le néant total, le passage obligé, le défouloir. L’illustration la plus pertinente nous semblant se retrouver sous la plume de Christophe Barbier dont le Corse moyen semble avoir du mal a saisir les motivations, mais ne sont-elles pas à rechercher dans ce mal être du politiquement correct ? Barbier, ce mal-aimé, est un éternel incompris, comment pourrait-il déverser sa rage, sa pitié, sa colère et son esprit de révolte sans le Corse.
Christophe Barbier est le révolté moderne, celui qui couvre un esprit insoumis et contestataire d’une couche de verni policé et repassé que le poids des interdictions n’autorise à se craqueler qu’à l’encontre des insulaires. On ne le réalise pas mais il est un écorché vif qui, par tout le poids des convenances, se voit contraint de ne déverser sa bile que sur notre île !
Le Corse est donc un bouc émissaire, mais paradoxalement c’est aussi le bouc émissaire que l’on se plait à haïr mais que l’on ne peut s’empêcher d’aimer, comment expliquer sinon la fréquence des critiques. C’est de l’amour vache certes, mais de l’amour quand même.
Le Corse on l’envie parce que c’est encore l’un des seuls en France à ne pas majoritairement être plus déférent envers une personne simplement parce qu’elle a de l’argent ou un petit pouvoir local miteux. Le Corse on le critique mais on l’aime parce qu’il ose ne pas être fielleux, faux-cul et lèche-cul. Cher amis continentaux qui ne manquez jamais de soulever le problème sur internet dès qu’un article salît les corses, une question : Pourquoi dans ces conditions voudriez-vous qu’ils nous donnent l’indépendance alors même que vous avez tant besoin de nous ?
A chaque prophète correspond une prophétie, ce Prophète là a bien amené la sienne traduite par Audiard, scénariste génial mais trop piètre réalisateur, mais, chers amis corses, elle ne nous est pas destinée, à mon avis bien sûr.





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