Mais qui veut la peau du figatellu ?
Le communiqué de presse signé conjointement par les Ministres de l’agriculture et de la santé en ce qu’il indique l’obligation pour les commerçants et les producteurs de veiller à ce que le Figatellu commercialisé soit assorti de la la mention "à consommer cuit à cœur" n’a pas manqué de soulever une polémique auprès des ayatollahs de l’Identitaire qui ne manquèrent pas de protester de cette nouvelle attaque à l’encontre des produits faits depuis des recettes de préparation traditionnelles et pourtant tout ceci ne semble être qu’une tempête dans un verre d’eau.Rappelons tout d’abord l’objet du débat la possibilité que la consommation de figatellu entraine une maladie du foie : l’hépatite E. Si ce nom fait peur il faut toutefois rappeler qu’il s’agit là de l’une des maladies les moins virulentes de toute la série des maux hépatiques même si son issue peut être fatale dans certains cas.
Le virus qui prolifère dans les cellules du foie humain trouve bien entendu un terrain de choix dans celles du cochon (un des animaux les plus génétiquement compatibles avec l’homme); le figatellu étant composé pour partie de foie de porc nul surprise donc à ce qu’il soit un vecteur de transmission d’autant plus quand on le consomme cru.
Voilà là tout le problème : des personnes ont été atteintes par le virus de l’hépatite E après avoir mangé du figatellu prétendument corse (déjà un problème se pose car le figatellu ne bénéficiant pas de l’AOC celui que l’on retrouve sur les marchés provençaux, par exemple, n’est généralement pas d’origine insulaire).
L’origine de la contamination ne faisant aucun doute, du figatellu mangé cru selon les scientifiques, l’Institut de Veille Sanitaire n’a pas manqué d’alerter les deux ministres concernés du problème ; lesquels ont donc décidé d’imposer la présence d’une avertissement relatif à la nécessité de manger le figatellu cuit (une horreur selon les traditionalistes).
Pour autant on voit mal dès lors quel est le problème qui se pose à la lecture de la décision suivante : "Le ministère de l’agriculture et de la pêche a donc demandé aux fabricants de saucisses crues à base de foie de porc destinées à être consommées cuites (notamment figatelli, quenelles de foies et saucisses de foie), de procéder à une modification de l’étiquetage en indiquant la mention « à consommer cuit à cœur »".
Qui pourrait crier à l’injustice alors qu’effectivement le figatellu est bel et bien, originellement, une charcuterie destinée à être ingérée après cuisson à l’instar des chippolatas et autres merguez quand bien même sa recette de préparation lui permet de ne pas avoir à être conservée au réfrigérateur.
Qui peut prétendre sérieusement que la tradition veut que l’on mange le figatellu cru alors même que l’on fait le distinguo justement sur ce point entre figatellu (sorte de saucisse crue au foie) et fitone (sorte de saucisse sèche au foie) ? Deux produits différents qui traditionnellement ne sont pas commercialisés d’ailleurs en même temps ; le fitone, s’il est confectionné en même temps que le figatellu, est ainsi présenté sur les étals des bons commerçants bien plus tard en raison d’une durée de séchage plus importante.
Le figatellu est donc bel et bien destiné à être cuisiné avant d’être ingéré ; on lui préfèrera la cuisson au feu de bois avant d’être placé entre deux tranches de baguette bien fraîche, ce qui révèlera toute sa saveur.
Pour conclure on peut donc dire que manger du figatellu frais et cru est une hérésie alimentaire avant d’être un péril sanitaire !
NB : la consommation de charcuterie quelle qu’elle soit est, il faut le rappeler, déconseillée aux femmes enceintes, personnes immunodéprimées et personnes présentant une maladie du foie sous-jacente. Le salage et le séchage ne faisant pas disparaître totalement les bactéries, parasites et autres virus qu’elles peut contenir.
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